Il court, il court… M. Toutlemonde

Six mois ont passé depuis la nomination de M. Toutlemonde à son nouveau poste. L’automne est arrivé. M. Toutlemonde commence à prendre la réelle mesure du défi qu’il doit relever. Les responsabilités sont considérables. Les moyens à disposition, eux, peinent à être définis. En l’absence de toute forme de soutien, M. Toutlemonde table sur ses capacités personnelles pour affronter les écueils du quotidien.


«— On n’est jamais mieux servi que par soi-même! pense-t-il. J’aurais vraiment besoin de deux personnes supplémentaires dans l’équipe pour pouvoir déléguer une partie du travail. M. Machin m’a assuré que c’était en cours… En attendant, c’est moi qui cours! On dirait que personne ne veut intégrer mon équipe. Je ne comprends pas pourquoi. Personne ne voit les défis à relever? Peut-être manquent-ils d’ambition? Quelle bande de lâches!»

Mardi matin, c’est le coup de tonnerre. Sa précieuse assistante lui demande un entretien et lui annonce de but en blanc qu’elle ne peut pas tenir le rythme demandé. Elle travaille 10 h par jour, ramène du travail à la maison et considère qu’à l’âge de 59 ans, c’est trop lui demander. Elle va demander sa mutation dans un secteur moins stressant. D’ailleurs, elle lui confie qu’elle s’inquiète également pour lui. Comment peut-il imaginer tenir le coup à ce rythme? De son expérience, elle sait que personne ne peut assumer une telle charge de travail de manière prolongée sans en payer le prix. M. Toutlemonde est sous le choc. Il ne l’a pas vu venir. Pour lui, ils formaient un tandem à toute épreuve! Il n’en revient pas qu’elle le laisse tomber.
Évidemment, en son for intérieur il la comprend très bien: elle a vraiment tout donné ces six derniers mois. Mais il se sent aussi trahi, abandonné. Comment va-t-il trouver le temps de former une nouvelle assistante alors qu’il ne sait déjà pas comment répondre à la charge de travail actuelle?

M. Toutlemonde est un battant. Une fois passé le choc de cette annonce, il positive en se disant qu’il n’y a pas de problèmes, uniquement des solutions. Après tout, il est connu pour résister là ou d’autres cèdent. Il décide de consacrer ses pauses de midi à l’élaboration du cahier des charges précis puis à la formation de sa future assistante. Au lieu d’aller manger le plat du jour dans son restaurant favori, il apportera des sandwichs à midi et le tour est joué.


Le soir, de retour à la maison, Odette s’affole
«— Tu es malade! Comment vas-tu tenir le coup sans faire de pauses à midi? Tu as déjà laissé tomber la course à pied faute de temps. Tu rentres à des heures impossibles en me laissant assumer toute seule les tâches ménagères et les enfants. Je sais bien que tu as énormément de travail mais je commence vraiment à m’inquiéter parce que je ne vois pas quand cela va se calmer.»
M. Toutlemonde se renfrogne. Décidément, personne ne le comprend. C’est pour leur bien qu’il se donne autant. Alors pourquoi se sent-il si seul et si peu soutenu?

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