Les manifestations du burnout


Le burnout est un processus d’épuisement professionnel qui se met en place insidieusement au fil des mois. Le qualificatif « professionnel » est discutable, car c’est un phénomène que l’on observe également dans la sphère privée par exemple dans les cas de mères exténuées ou de proches accompagnant un malade. Le dénominateur commun à toutes ces situations est l’exposition prolongée à une source de tension chronique. Votre corps et votre psychisme se consument à petit feu et sans vous en apercevoir, vous atteignez un point de rupture.

Physiologiquement, plusieurs « symptômes »  découlent de la sécrétion continue des hormones du stress. Des douleurs au dos,à l’estomac ou des migraines en sont un exemple. Vous êtes affaibli, vidé mais paradoxalement vous avez beaucoup de problèmes de sommeil.  Vous éprouvez du mal à vous endormir ou vous vous réveillez sans cesse, et les nuits courtes ou hâchées ne vous permettent plus de récupérer.

Du point de vue psychique, des troubles de la mémoire, de la concentration apparaissent. Vous perdez la capacité à prendre de la distance et vous ruminez continuellement vos difficultés. Vous vous sentez dépassé, démotivé. Vous n’arrivez plus à utiliser les qualités qui sont habituellement les vôtres. Les spécialistes parlent d’un sentiment de dépersonnalisation, ce qui signifie simplement que le caractère ainsi que les compétences et les forces qu’on lui connait ne semblent plus faire partie de l’individu. Vous avez l’impression d’être devenu quelqu’un d’autre, phénomène que votre entourage observe également et vous le fait remarquer avec plus ou moins d’inquiétude : « On ne te reconnaît plus ».

Du point de vue des émotions, tout est chaotique. Vous vous sentez irritable ou triste et tout vous échappe,y compris vos propres réactions. C’est, de manière imagée, comme si vous étiez un canot sur une mer agitée. Parfois même, vous ne ressentez plus rien du tout. Cela s’appelle l’apathie. Ces manifestations vous conduisent vous isoler progressivement des autres et de vos proches.

Cette description succincte des différents symptômes possibles du burnout vous donne les éléments essentiels qui vous permettront de vous situer par rapport à ce thème ou à évaluer l’un de vos parents ou ami. Il ne s’agit pas là d’un moyen de poser un diagnostic, mais d’entamer un questionnement. Je vous suggère, si vous vous sentez concerné par ces manifestations, de les prendre au sérieux et même si vous pensez que cela va finir par passer « tout seul », d’envisager sans rougir de trouver de l’aide auprès de professionnels. Dans un premier temps, le corps médical est le seul compétent pour vous assurer que votre situation ne relève pas d’une autre maladie dont les symptômes peuvent se confondre avec ceux d’un burnout.



Le burnout d’un proche


Si vivre soi-même un burnout est une expérience difficile, l’entourage de la personne concernée n’est de loin pas épargné. Il est aux premières loges et subit les conséquences directes de ce cheminement vers une situation de plus en plus infernale.



Que de souffrances rencontrées chez les conjoints qui assistent presque impuissants à la dégradation de la situation ! Cette épreuve-là est finalement peu reconnue dans notre société. Lorsque vous entendez parler d’une connaissance ayant fait un burnout vous compatirez sûrement mais qui a spontanément une pensée pour son conjoint ou pour ses enfants? Et pourtant eux aussi subissent une véritable souffrance.

Durant de longs mois, ils vivent un important bouleversement de leur équilibre. Le burnout a des conséquences lourdes sur l’état de santé tant physique que psychique de la victime. Son caractère semble avoir changé, il ne partage plus ce qu’il ressent ou alors il se sent figé dans une attitude qui ne lui ressemble pas, passant parfois de la plus grande irritabilité à la tristesse profonde. Le conjoint peut se sentir perdu voire trahi. Où donc est passé l’homme ou la femme qu’il ou elle a choisi ? Et jusqu’où le conjoint doit-il aller pour essayer de soutenir et d’aider l’autre ?

L’entourage a cependant un rôle primordial à jouer. C’est lui qui dans un premier temps va nommer le problème, le mal-être observé alors que la victime aura encore tendance à nier la réalité. Dans un premier temps, il ne sera donc que rarement écouté par la personne concernée prise au piège dans son schéma autodestructeur mais malgré tout il marquera le début de la prise de conscience de ce qui ne va pas.

Lorsque le burnout est identifié, il est généralement plus facile pour l’entourage d’accepter les manifestations du problème car elles sont comprises comme étant des symptômes et les familles peuvent ainsi intégrer le fait que ces manifestations sont transitoires. Le conjoint qu’il ou elle avait connu et choisi n’a pas définitivement disparu, il refera surface petit-à-petit au fur et à mesure de sa récupération.

Je terminerai ce billet en vous rapportant ce témoignage d’une femme dont le mari a subit un burnout plusieurs mois auparavant :
«  Aujourd’hui, il est à nouveau lui-même. Peut-être même mieux qu’avant ! Il est plus humain, fort mais vulnérable et beaucoup plus en contact avec ce qu’il ressent… Il a conscience de ses limites et ça, c’est précieux ! »

Vivre un burnout

Vivre un burnout est une histoire bouleversante faite d’une multitude d’étapes. On considère en effet que le burnout est un processus plus qu’un état. Vous entendez fréquemment parler de burnout lorsque la personne « touche le fond » mais les causes de cet état remontent déjà à plusieurs mois auparavant, d’où l’idée d’un processus d’épuisement.


Or, il est difficile de se rendre compte du danger auquel vous vous exposez car vous n’avez pas l’habitude d’écouter les petits signaux que votre corps vous envoie dans votre vie quotidienne. Cela s’apprend…  C’est une histoire d’équilibre entre ce qui vous use et ce qui vous recharge. Lorsque vos batteries se vident sans pouvoir se remplir vous n’en ressentez pas les effets excepté la fatigue ! Vous constatez bien quelques problèmes comme des difficultés de concentration, de mémoire, des troubles du sommeil ou de la difficulté à gérer vos humeurs mais vous vous dites que c’est normal vu la quantité de travail que vous avez et que ça va passer. Vous restez sourds aux appels au secours de votre entourage qui lui a déjà saisi qu’il se passe quelque chose de grave.

Lorsque les batteries sont à plat, c’est la surprise ! Je dirais même le choc. Comment est-ce possible ? Vous aviez cru que vos ressources étaient sans limites ? C’est un dur retour à la réalité. Vous allez être obligé d’admettre que vous n’êtes pas tout-puissant ! De manière assez paradoxale, vous allez passer d’une vision trop optimiste de vos ressources à une vision trop négative de vous-même ! C’est normal. Dans un monde basé sur la performance, si vous n’y arrivez pas alors vous êtes mauvais, vous ne valez rien !

Heureusement, ceci n’est qu’une vue de l’esprit. Vivre un burnout ne signifie en rien que vous êtes faible ou mauvais mais simplement que vous avez investi plus d’énergie que vous n’en possédiez pendant de longs mois au point d’avoir épuisé toutes vos ressources…

La bonne nouvelle c’est que l’on peut inverser le processus. On peut « guérir » et grandir de cette expérience en apprenant à mieux se connaître et en ressortir plus fort qu’avant. Voilà qui devrait rassurer ceux qui pensent à tort que si vous craquez une fois vous ne vous remettrez jamais plus.