M. Toutlemonde craque.


Après 4 jours passés au lit, grippé, M. Toutlemonde se prépare à retourner au bureau. Il n’est pas encore très vaillant, mais la fièvre est tombée et il ne supporte plus de rester ainsi à la maison. Il faut dire que les soucis du travail lui tournaient en tête jour et nuit. Il se sent «étrange», habité d’un drôle de sentiment de lassitude mêlé d’angoisse.

— «Pourtant je sais bien qu’on ne va nulle part avec ce projet. Il y a trop d’attentes et pas assez de moyens. Je ne peux pas faire des miracles? Les gens doivent penser que je gère mal mes responsabilités! C’est vraiment le comble que l’on remette mes compétences en cause. Après tout ce que j’ai fait pour la société! Je dois me battre, sinon c’est toute ma carrière qui va prendre une claque! Je n’ai pas le choix… Il faut que j’y arrive à tout prix!»

Arrivé devant l’ascenseur de l’entreprise, Monsieur Toutlemonde réalise qu’il transpire abondamment. Il a du mal à respirer. Il ne sait pas très bien quoi faire. Monter dans cet ascenseur lui semble une très mauvaise idée. – «Je fais peut-être une crise cardiaque», pense-t-il soudain. Il appelle Odette.

— «  Viens vite me chercher devant l’immeuble du travail! Je crois que j’ai un problème cardiaque. Il faut que tu m’emmènes aux urgences tout de suite!
— Quoi? Tu veux que j’appelle une ambulance?
— Non, je préfère t’attendre. Viens vite!» 

Odette arrive un quart d’heure plus tard, très inquiète. M. Toutlemonde n’a pas osé bouger en l’attendant, mais il se sent un peu mieux.

— «Je pense que tu devrais m’emmener chez le Docteur Zen, plutôt qu’aux urgences. Je me sens déjà un peu mieux et on attendra moins à son cabinet.»

Sitôt dit, sitôt fait. Le Dr Zen reçoit immédiatement M. Toutlemonde. Il lui fait un électrocardiogramme et une prise de sang. Tout en l’auscultant avec attention, il le questionne.

— «Comment se passe votre travail en ce moment, M. Toutlemonde?
— Pas mal, je dois relever un défi intéressant, ça me demande beaucoup, car les conditions économiques actuelles sont difficiles, mais j’aime ce que je fais. J’espère que je pourrai rattraper le retard que j’ai pris à cause de cette maudite grippe.
— Qu’est-ce que vous avez fait pendant les vacances de Noël?
— Rien du tout! Ce n’était vraiment pas le bon moment pour prendre des vacances. Nous avions du retard dans mon projet, alors vous pensez! Prendre des vacances!
— Vous pratiquez toujours la course à pied? demande le médecin.
Euh, non. J’avoue que je n’ai plus le temps, répond M. Toutlemonde.
Et quand est-ce qu’on vous a confié ce… «défi» à relever?
— Oh, il y a une année à peu près. Mais revenons-en aux faits! Qu’est-ce que j’ai au cœur?
— Rassurez-vous. Votre cœur va bien. Ce que vous avez vécu ce matin, c’est une attaque de panique, une crise d’angoisse, probablement causée par un état avancé d’épuisement. Je vous mets immédiatement en arrêt de travail pour 15 jours et nous nous reverrons à ce moment-là.
— Mais, c’est impossible! Je ne peux pas me permettre d’être encore absent. J’ai déjà loupé une semaine entière de travail! Et puis, je résiste très bien au stress. Je ne suis pas du genre à craquer pour un rien. Dites que je suis en «burnout» pendant que vous y êtes!
— Mais c’est exactement cela. Vous n’avez plus le choix. Vous devez vous arrêter avant de finir à l’hôpital. Alors, reposez-vous et nous discuterons de votre diagnostic à notre prochain rendez-vous.»

M. Toutlemonde ressort du cabinet du Docteur Zen complètement sonné. Hébété, il rejoint Odette et lui dit laconiquement:

— «Mon cœur va bien. Je suis en arrêt pour 15 jours.»

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